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Le vrai mystère est celui de la racine de la séparation, pourquoi souhaite-il se séparer d’elle? Étrange que ce soit elle qui initie le film et veut se séparer de lui alors même qu’on apprend que c’est lui qui ne veut plus d’elle, tout en l’accusant de fuir, surement par orgueil d’affronter son désamour. Et il conjure la faiblesse de la mère en projettant sur sa fille une rage protectrice de lui faire prendre des décisions qui la déchirent. Pour autant c’est bien la fille qui protège le père quand elle s’adressera au juge de la bonne manière sans condamner le pére en un mot. Pur acte de maturité où l’enfant comprend que le mensonge sauve celui qui veut sans cesse la sauver et ne brise pas la pureté filiale, comme le grand-pére anéantit-vivant. Magnifique acte de transmission. Et sur fond de distance sociale c’est l’ambiguité de la règle qui saute aux yeux. La justice ne sait pas qu’on peut oublier un état de femme enceinte dans un moment de colère, elle ignore la dépression du cordonnier, elle veut des faits logiques et des décisions pures et stables et en cela elle sera toujours aveugle. Qu’importent les faits, c’est une lutte pour l’honneur motivée par l’orgueuil et la douleur. Il faut pourtant s’appuyer. Chercher la vérité dans l’absolu? Jurer sur le Coran permet de manipuler, car l’institutrice qui n’y croit pas. Symbole de vérité, le Coran permet un acte final de quasi-superstition qui tranche bel et bien mais vers l’insensé puiqu’on sait à ce moment que les torts sont partagés et la sortie négociée. La vérité semble devoir être religieuse qu’en cas d’ultime recours pour racheter un semblant de pureté perdue dans l’instinct de survie de la femme et l’orgueil de l’homme. En cela elle est ce qu’elle a toujours été : politique. C’est ce que comprend la jeune fille lorsqu’elle protège son père en entrant dans le jeu du droit, c’est aussi l’impossible décision finale dont la suspension est celle de la possibilité du cinéma. 10e chambre instants d’audiences m’avait fait le même effet d’une justice hachoir de la complexité, ignorante des causes et vorace de vérités impossibles. Le film a cette dimension politique délocalisée. La scène finale, appuyée mais forte. Un film sur la puissance de l’orgueil et la perte de soi, l’inégalité foncière devant la loi et l’absolue beauté de la transmission.
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Vu le film Même la pluie. Étrange comme il est entré en résonance avec mes réflexions du moment sur la culture et le politique (notamment dans ce livre, j’y reviendrai). Culture chaude des gens, des boliviens de la guerre quotidienne de l’eau et du capitalisme obscène contre la culture froide tout aussi obscène des éduqués qui se gargarisent de héros historiques (Bartolomé de Las Casas) et qui baignent dans un commun industriel dépolitisé, celui du film en train de se faire : la fabrique de la Culture.
Moment clé quand le réalisateur essaie d’empêcher le producteur d’aller chercher une petite fille blessée parce qu’il va prendre des risques, la fin justifie les moyens : « nous on fait un film pour l’éternité, elle on l’oubliera ». Point précis de la rupture où le cinéma se perd, se calcifie pour devenir une occupation. Effarante faculté du spectacle socialisé dont la production déshumanise et engendre des oeuvres qui ne peuvent exister en tant que telles que si elles sont, précisément, réchauffées. Puissance du froid sur le chaud, qui absorbe la multitude en se glorifiant de lui rendre hommage.
Pourtant le film manque d’ambition en mimant une réconciliation tiède et en réduisant l’enjeu à une personne, le producteur, comme si tout ça était affaire de caractère… Faiblesse de ce pathos stupide qui aurait pu tragiquement rendre lisible ce gouffre entre chaud et froid.
Mise en abîme qui porte un troisième film qui ne se fait pas : la jeune femme chargée de filmer le tournage lutte trop mollement pour sortir de l’industrie, faire un documentaire sur le chaud, connecter le cinéma au réel… peut-être est-ce là, au fond, la tiédeur la plus dramatique.
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Vu ce film, assez agaçant et très fascinant. Agaçant car les gros plans semblent forcer le spectateur, le mettre littéralement « en face de » comme pour mieux souligner le scandale de l’exhibition de cette femme. La posture est réelle parce qu’en nous imposant ce corps, cette monstration, il ne dénonce pas mais nous embarque vers le spectacle. Drôle de procédé qui met au centre le spectacle dans ce qu’il a de plus fondamental : la curosité pour l’autre. Debord :
La société qui repose sur l’industrie moderne n’est pas fortuitement ou superficiellement spectaculaire, elle est fondamentalement spectacliste. Dans le spectacle, image de l’économie régnante, le but n’est rien, le développement est tout. Le spectacle ne veut en venir à rien d’autre qu’à lui-même.
Drôle de procédé parce qu’il utilise le temps pour se démarquer du flot d’images du spectacle et s’autoréférence comme spectacle dominant. C’est long, très long, mais ça marche, j’ai été poursuivi plusieurs jours par ces images. Désir de montrer et de voir assez malsain somme toute.
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Vu le film Des hommes et des Dieux, et mieux compris que le véritable engagement n’a pas besoin de rites ni de liturgie, tellement dérisoire face à la solitude de l’être-pour-la-mort. Juste des hommes qui se sont donnés, donnés à Dieu en faisant le choix de devenir moines mais qui découvrent qu’il faut renaître à soi-même à chaque instant. Ils découvrent que le vrai don d’une vie n’est pas le jour où on quitte tout pour un monastère loin de chez soi, qu’il n’est pas le temps passé à aimer Dieu, mais qu’il est celui passé à vivre comme s’il fallait mourir demain. Leurs hésitations, leur fragilité tellement personnelle malgré cette communauté de vie à laquelle ils ont choisi de se plier.
Au fond ce film est un film contre les religions, à un moment donné une citation de Pascal ‘Les hommes ne font jamais le mal si complètement et joyeusement que lorsqu’ils le font par conviction religieuse ». Un film contre l’extrémisme religieux, mais qui questionne aussi le sens d’un engagement qui fait douter face à la mort alors que tout l’effort liturgique doit permettre de construire le véritable don, celui de sa vie pour Dieu.
Magnifique force et fragilité de ces vies face à l’angoisse de la mort quand l’un d’entre eux se cache au moment de vraiment se donner, au moment où les guerriers de l’autre Dieu viennent les chercher.
Omnimascène : le chant choral lorsqu’un hélicoptère tourne autour du monastère.
Vu ce soir, très beau reportage : Mille Baleines de Angela Grass sur des activistes de Greenpeace filmés pendant une mission de lutte contre les chasseurs de Baleines. Au delà de la cause c’est la dimension politique, les contraintes et les doutes que je retiens, l’éternelle question du bon levier pour agir.
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