CAT | Omnimaphrase
Complètement retourné par ce texte de Georges Bataille, L’expérience intérieure, coll. Tel Gallimard, pages 111, 112.
Que ce soit dit solenellement : je veux qu’on lise ce texte à mon enterrement!
Ce que tu es tient à l’activité qui lie les éléments sans nombre qui te composent, à l’intense communication de ces éléments entre eux. Ce sont des contagions d’énergie, de mouvement, de chaleur ou des transferts d’éléments, qui constituent intérieurement la vie de ton être organique. La vie n’est jamais située en un point particulier : elle passe rapidement d’un point à l’autre (ou de multiples points à d’autres points), comme un courant ou comme une sorte de ruissellement électrique. Ainsi, où tu voudrais saisir ta substance intemporelle, tu ne rencontres qu’un glissement, que les jeux mal coordonnés de tes éléments périssables.
Plus loin, ta vie ne se borne pas à cet insaisissable ruissellement intérieur; elle ruisselle aussi au-dehors et s’ouvre incessamment à ce qui s’écoule ou jaillit vers elle. Le tourbillon durable qui te compose se heurte à des tourbillons semblables avec lesquels il forme une vaste figure animée d’une agitation mesurée. Or vivre signifie pour toi non seulement les flux et les jeux fuyants de lumière qui s’unifient en toi, mais les passages de chaleur ou de lumière d’un être à l’autre, de toi à ton semblable ou de ton semblable à toi (même à l’instant où tu me lis la contagion de ma fièvre qui t’atteint). Les paroles, les livres, les monuments, les symboles, les rires ne sont qu’autant de chemins de cette contagion, de ces passages. Les êtres particuliers comptent peu et renferment d’inavouables points de vue, si l’on considère ce qui s’anime, passant de l’un à l’autre dans l’amour, dans de tragiques spectacles, dans des mouvements de ferveur. Ainsi nous ne sommes rien, ni toi ni moi, aupres des paroles brûlantes qui pourraient aller de moi vers toi, imprimées sur un feuillet car je n’aurai vécu que pour les écrire, et, s’il est vrai qu’elles s’adressent à toi, tu vivras d’avoir eu la force de les entendre. (De meme, que signifient les deux amants, Tristan, Yseut, considérés sans leur amour, dans une solitude qui les laisse à quelque occupation vulgaire? deux êtres pâles, prives de merveilleux; rien ne compte que l’amour qui les déchire ensemble.)
Je ne suis et tu n’es, dans les vastes flux des choses, qu’un point d’arrêt favorable au rejaillissement. Ne tarde pas à prendre une exacte conscience de cette position angoissante : s’il t’arrivait de t’attacher à des buts enfermés dans ces limites où personne n’est en jeu que toi, ta vie serait celle du grand nombre, elle serait « privée de merveilleux ». Un court moment d’arrêt : le complexe, le doux, le violent mouvement des mondes se fera de ta mort une écume éclaboussante. Les gloires, la merveille de ta vie tiennent à ce rejaillissement du flot qui se nouait en toi dans l’immense bruit de cataracte du ciel.
Les fragiles parois de ton isolement où se composaient les multiples arrêts, les obstacles de la conscience, n’auront servi qu’à réfléchir un instant l’éclat de ces univers au sein desquels tu ne cessas jamais d’être perdu.
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Je demande la suppression des classes dirigeantes : de ce ramassis de beaux messieurs stupides qui batifolent dans les jupes de cette vieille traînée dévote et bête qu’on appelle la bonne société. Ils fourrent le doigt dans son vieux cul en murmurant que la société est en péril, que la liberté de pensée les menace ! Eh bien – je trouve maintenant que 93 a été doux ; que les Septembriseurs ont été cléments : que Marat est un agneau, Danton un lapin blanc, et Robespierre un tourtereau. Puisque les vieilles classes dirigeantes sont aussi inintelligentes aujourd’hui qu’alors, aussi incapables de diriger aujourd’hui qu’alors ; aussi viles, trompeuses et gênantes aujourd’hui qu’alors, il faut supprimer les classes dirigeantes aujourd’hui comme alors ; et noyer les beaux messieurs crétins avec les belles dames catins.
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« ne pas aller du discours vers son noyau intérieur et caché, vers le coeur d’une pensée ou d’une signification qui se manifesterait en lui ; mais, à partir du discours lui-même, de son apparition et de sa régularité, aller vers ses conditions externes de possibilité, vers ce qui donne lieu à la série aléatoire de ces événements et qui en fixe les bornes »
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Trouvé ici :
Mon chien. – J’ai donné un nom à ma douleur et l’appelle “chien”, – elle est tout aussi fidèle, aussi indiscrète et effrontée, aussi distrayante, aussi sage que n’importe quel autre chien – et je peux l’apostropher et passer sur elle mes accès de mauvaise humeur ; comme d’autres font avec leur chien, leur domestique et leur femme.
Friedrich Nietzsche, Le Gai Savoir, livre quatrième, § 312, traduction Patrick Wotling, Éditions GF Flammarion, Paris, 1997, p. 255
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