Lu dans l’excellent La société du risque d’Ulrich Beck, page 116 à 126 pour l’édition de poche champs flammarion.
Les taux limites de présence acceptable de substances polluantes et toxiques dans l’air, l’eau et l’alimentation sont à la répartition du risque ce qu’est le principe du mérite à l’inégale répartition des richesses : ils réussissent le tour de force d’autoriser les émissions polluantes tout en légitimant leur existence, tant qu’elle se cantonne en deçà des valeurs établies. En limitant la pollution on fait le jeu de la pollution. En vertu de cette définition sociale, ce qui reste possible cesse d’être « nuisible » – indépendamment de sa nocivité réelle.
Il est possible que les taux limites servent à éviter le pire, mais ils servent aussi à « blanchir » les responsables : ils peuvent se permettre d’empoisonner un peu la nature et les hommes. (…) Dans cette « ordonnance » il n’est pas question d’empêcher l’intoxication mais de la cantonner dans des limites acceptables. (…) A cet égard, les taux limites sont les signes de repli d’une civilisation qui s’entoure elle-même de substances polluantes et toxiques en surabondance. L’exigence de non-intoxication qui paraît pourtant le fait du bon sens le plus élémentaire est donc rejetée parce qu’utopique.
(…) Si l’on veut vraiment établir des seuils de tolérance, il faut prendre en compte un effet d’accumulation. Si l’on s’obstine à déterminer des taux limites pour des substances isolées, il faut partir de l’hypothèse totalement absurde selon laquelle l’homme n’ingère que cette seule substance nocive (…) On sait très bien dans le domaine médical il existe des médicaments dont les effets se minimisent ou se potentialisent. Iln’est donc pas totalement aberrant d’envisager qu’il en soit de même de ces nombreuses contaminations partielles autorisées parce qu’inférieures aux taux limites.
Bien entendu les taux limites assurent leur fonction de désintoxication symbolique. ils font office d’anxiolytiques symboliques contre l’accumulation d’informations catastrophiques sur la pollution, ils indiquent qu’il y a des gens qui se donnent du mal et qui restent vigilants.
Très intéressant de lire ce lire visionnaire écrit en 1983 et publié en France en 2001. Ulrich Beck a tout vu ou presque, j’y reviendrai.
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Omnimata » Écoblanchiment · 16 mai 2010 à 12 h 00 min
[...] Dans ce reportage aussi, l’exemple de Renaud avec la norme « ECO 2″. L’activité du groupe reste la production de véhicules polluants, le Co2 est le seul gaz mesuré, et très mal mesuré alors que d’autres gaz polluants ne le sont pas. Pour moi, l’impuissance politique à réguler le capitalisme se place précisément ici autour de cette question des taux-limites dénoncée il y a bien longtemps par Ulrich Beck. [...]