Dernière image partagée dans le flux de Ilya Zhitomirskiy, le fondateur de Diaspora, mort à 22 ans le 14 novembre 2011. Attention.
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Je déclare officiellement aujourd’hui la naissance de la fluxine, forme courte en deça des mots dans le flux perceptif. La fluxine s’abstrait des mots elle s’adresse aux images elle est en deça des mots.
Texte fondateur Julio Cortazar, Marelle page 68 que je déclare précurseur de la fluxine, qu’il en soit à jamais esbaufilé. Ecoutez-moi ça :
A peine lui malait-il les vinges que sa clamyce se pelotonnait et qu’ils tombaient tous deux en des hydromuries, en de sauvages langaisons, en des sustales exaspérants. Mais chaque fois qu’il essayait de buser dans les sadinales, il s’emmëlait dans un geindroir ramurant et, face au novale, force lui était de se périger et de sentir les rainules peu à peu se miroiter, s’agglomurer en se réduplinant et il restait éfloué, tout comme le triolysat d’ergomanine dans lequel on laisse tomber quelques filules de bouderoque. Et pourtant, ce n’était là que le début, venait le moment où elle se modulait les hurgales et acceptait qu’il approchât doucement ses orphelunes. A peine s’étaient-ils entrepalmés, quelque chose comme Un ulucorde les transcrêtait, les tréjouxtait, les permouvait, et c’était soudain le culminaire, la eonvulcation furialante des matriques, rembouchaverse halesoufflant de rorigame, les éprouances du merpasme dans une surhumitique pâmeraie. Evohé! Evohé ! Volposés sur la crête du murèle, ils se sentaient balparamer, perlines et marulles. Le dolle tremblait, les mariplumes s’effaçaient et tout se résolvirait en un profond éminoir, en des niolames de gases arguetendues, en des carennes presque cruelles qui les transfilaient aux limites de la joussure.
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Complètement retourné par ce texte de Georges Bataille, L’expérience intérieure, coll. Tel Gallimard, pages 111, 112.
Que ce soit dit solenellement : je veux qu’on lise ce texte à mon enterrement!
Ce que tu es tient à l’activité qui lie les éléments sans nombre qui te composent, à l’intense communication de ces éléments entre eux. Ce sont des contagions d’énergie, de mouvement, de chaleur ou des transferts d’éléments, qui constituent intérieurement la vie de ton être organique. La vie n’est jamais située en un point particulier : elle passe rapidement d’un point à l’autre (ou de multiples points à d’autres points), comme un courant ou comme une sorte de ruissellement électrique. Ainsi, où tu voudrais saisir ta substance intemporelle, tu ne rencontres qu’un glissement, que les jeux mal coordonnés de tes éléments périssables.
Plus loin, ta vie ne se borne pas à cet insaisissable ruissellement intérieur; elle ruisselle aussi au-dehors et s’ouvre incessamment à ce qui s’écoule ou jaillit vers elle. Le tourbillon durable qui te compose se heurte à des tourbillons semblables avec lesquels il forme une vaste figure animée d’une agitation mesurée. Or vivre signifie pour toi non seulement les flux et les jeux fuyants de lumière qui s’unifient en toi, mais les passages de chaleur ou de lumière d’un être à l’autre, de toi à ton semblable ou de ton semblable à toi (même à l’instant où tu me lis la contagion de ma fièvre qui t’atteint). Les paroles, les livres, les monuments, les symboles, les rires ne sont qu’autant de chemins de cette contagion, de ces passages. Les êtres particuliers comptent peu et renferment d’inavouables points de vue, si l’on considère ce qui s’anime, passant de l’un à l’autre dans l’amour, dans de tragiques spectacles, dans des mouvements de ferveur. Ainsi nous ne sommes rien, ni toi ni moi, aupres des paroles brûlantes qui pourraient aller de moi vers toi, imprimées sur un feuillet car je n’aurai vécu que pour les écrire, et, s’il est vrai qu’elles s’adressent à toi, tu vivras d’avoir eu la force de les entendre. (De meme, que signifient les deux amants, Tristan, Yseut, considérés sans leur amour, dans une solitude qui les laisse à quelque occupation vulgaire? deux êtres pâles, prives de merveilleux; rien ne compte que l’amour qui les déchire ensemble.)
Je ne suis et tu n’es, dans les vastes flux des choses, qu’un point d’arrêt favorable au rejaillissement. Ne tarde pas à prendre une exacte conscience de cette position angoissante : s’il t’arrivait de t’attacher à des buts enfermés dans ces limites où personne n’est en jeu que toi, ta vie serait celle du grand nombre, elle serait « privée de merveilleux ». Un court moment d’arrêt : le complexe, le doux, le violent mouvement des mondes se fera de ta mort une écume éclaboussante. Les gloires, la merveille de ta vie tiennent à ce rejaillissement du flot qui se nouait en toi dans l’immense bruit de cataracte du ciel.
Les fragiles parois de ton isolement où se composaient les multiples arrêts, les obstacles de la conscience, n’auront servi qu’à réfléchir un instant l’éclat de ces univers au sein desquels tu ne cessas jamais d’être perdu.
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Le vrai mystère est celui de la racine de la séparation, pourquoi souhaite-il se séparer d’elle? Étrange que ce soit elle qui initie le film et veut se séparer de lui alors même qu’on apprend que c’est lui qui ne veut plus d’elle, tout en l’accusant de fuir, surement par orgueil d’affronter son désamour. Et il conjure la faiblesse de la mère en projettant sur sa fille une rage protectrice de lui faire prendre des décisions qui la déchirent. Pour autant c’est bien la fille qui protège le père quand elle s’adressera au juge de la bonne manière sans condamner le pére en un mot. Pur acte de maturité où l’enfant comprend que le mensonge sauve celui qui veut sans cesse la sauver et ne brise pas la pureté filiale, comme le grand-pére anéantit-vivant. Magnifique acte de transmission. Et sur fond de distance sociale c’est l’ambiguité de la règle qui saute aux yeux. La justice ne sait pas qu’on peut oublier un état de femme enceinte dans un moment de colère, elle ignore la dépression du cordonnier, elle veut des faits logiques et des décisions pures et stables et en cela elle sera toujours aveugle. Qu’importent les faits, c’est une lutte pour l’honneur motivée par l’orgueuil et la douleur. Il faut pourtant s’appuyer. Chercher la vérité dans l’absolu? Jurer sur le Coran permet de manipuler, car l’institutrice qui n’y croit pas. Symbole de vérité, le Coran permet un acte final de quasi-superstition qui tranche bel et bien mais vers l’insensé puiqu’on sait à ce moment que les torts sont partagés et la sortie négociée. La vérité semble devoir être religieuse qu’en cas d’ultime recours pour racheter un semblant de pureté perdue dans l’instinct de survie de la femme et l’orgueil de l’homme. En cela elle est ce qu’elle a toujours été : politique. C’est ce que comprend la jeune fille lorsqu’elle protège son père en entrant dans le jeu du droit, c’est aussi l’impossible décision finale dont la suspension est celle de la possibilité du cinéma. 10e chambre instants d’audiences m’avait fait le même effet d’une justice hachoir de la complexité, ignorante des causes et vorace de vérités impossibles. Le film a cette dimension politique délocalisée. La scène finale, appuyée mais forte. Un film sur la puissance de l’orgueil et la perte de soi, l’inégalité foncière devant la loi et l’absolue beauté de la transmission.
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Non, nous n’avons pas vécu ainsi, elle aurait bien voulu, mais moi, une fois de plus, j’ai rétabli l’ordre faux qui dissimule le chaos, j’ai feint de me livrer à une vie plus profonde dont je ne touche l’eau temble que du bout du pied. Il y a des fleuves métaphysiques, mais c’est elle qui les nage comme cette hirondelle nage en l’air, tournant fascinée autour du clocher, se laissant tomber pour mieux rebondir ensuite avec l’élan. Je décris, je définis et je désire ces fleuves, elle les nage. Je les cherche, je les trouve, je les regarde du haut du pont, elle les nage. Et elle ne le sait pas, comme cette hirondelle. Elle n’a pas besoin de savoir comme moi, elle peut vivre dans le désordre sans qu’aucune conscience d’ordre ne la retienne. Ce désordre qui est son ordre mystérieux, cette bohème du corps et de l’âme qui lui ouvre grandes les portes véritables. Sa vie n’est désordre que pour moi, enterré dans des préjugés que je méprise et que je respecte à la fois. Moi, condamné à être irrémédiablement absous par la Sibylle qui me juge sans le savoir. Ah! laisse.moi entrer, laisse moi voir un jour par tes yeux.
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En général, les gens sont très à l’aise dans un cadran de la matrice, parviennent sans trop de difficultés à adopter des comportements caractéristiques d’un ou deux autres cadrans et ont un dernier carré où il leur est plus difficile ou moins naturel, d’aller, notamment dans des situations de stress. Cette analyse permet aussi à titre individuel de donner des pistes de développement personnel pour approfondir ses « angles morts », insuffisamment travaillés.
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Je demande la suppression des classes dirigeantes : de ce ramassis de beaux messieurs stupides qui batifolent dans les jupes de cette vieille traînée dévote et bête qu’on appelle la bonne société. Ils fourrent le doigt dans son vieux cul en murmurant que la société est en péril, que la liberté de pensée les menace ! Eh bien – je trouve maintenant que 93 a été doux ; que les Septembriseurs ont été cléments : que Marat est un agneau, Danton un lapin blanc, et Robespierre un tourtereau. Puisque les vieilles classes dirigeantes sont aussi inintelligentes aujourd’hui qu’alors, aussi incapables de diriger aujourd’hui qu’alors ; aussi viles, trompeuses et gênantes aujourd’hui qu’alors, il faut supprimer les classes dirigeantes aujourd’hui comme alors ; et noyer les beaux messieurs crétins avec les belles dames catins.
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Citation de ce Livre très bien écrit : Etre soi avec Heidegger Auteur(s) : Céline Belloq. J’aime beaucoup ce texte, excepté la partie sur la technique considérée comme forcément aliénante. Dépasser l’emballage « développement personnel » de ce livre, grande admiration pour l’exercice de clarté, c’est moi qui souligne ci-dessous.
Citation sur la résolution devançante, avec un exemple frappant, tiré de Fight Club !
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D’un coté l’amour oblatif :
OBLATIF, -IVE, adj.
PSYCHOL., PSYCHANAL. [En parlant de sentiments]
« Qui portent le sujet à se donner de lui-même, à aimer véritablement » (Garnier-Del. 1971).
L’être passera de l’amour captatif à l’amour oblatif pour accéder un jour peut-être (…) à l’amour pur sans ambivalence, l’amour sans péché (Choisy, Psychanal., 1950, p.44).
− P. anal. [En parlant d'une chose] Qui est mis au service d’une personne ou d’une idée. La documentation (…) est captative lorsqu’elle reçoit des éléments de l’extérieur, et elle est oblative quand elle les restitue sous forme d’idées concentrées (Bernaténé, Comment concevoir docum., 1964, p.16).
Prononc.: [ɔblatif], fém. [-i:v]. Étymol. et Hist. 1946 (Mounier, Traité caract., p.541). Empr. du lat. oblativus «qui s’offre de soi-même; «volontaire».
De l’autre l’amour réflexif :
Qu’aime-t-on vraiment si ce n’est pas l’objet d’amour ? Il semble bien qu’il faille répondre avec St Augustin : « Amabam amare ». Ce que nous aimons, c’est aimer. Proust le confirme : « Les maîtresses que j’ai le plus aimées n’ont jamais coïncidé avec mon amour pour elles… elles avaient plutôt la propriété d’éveiller cet amour, de le porter à son paroxysme qu’elles n’en étaient l’image ». Et dans son beau livre L’amour et l’Occident, Denis de Rougemont écrit : « Tristan et Iseut ne s’aiment pas…ce qu’ils aiment c’est l’amour, c’est le fait même d’aimer et ils agissent comme s’ils avaient compris que tout ce qui s’oppose à l’amour le garantit et le consacre dans leur cœur pour l’exalter à l’infini dans l’instant de l’obstacle absolu qu’est la mort ».
Je trouve cette citation magnifique :
L’émancipation intellectuelle est la vérification de l’égalité des intelligences. Celle-ci ne signifie pas l’égale valeur de toutes les manifestations de l’intelligence mais l’égalité à soi de l’intelligence dans toutes ses manifestations.De cet ignorant, épelant les signes, au savant qui construit des hypothèses, c’est toujours la même intelligence qui est à l’œuvre, une intelligence qui traduit des signes en d’autres signes et qui procède par comparaisons et figures pour communiquer ses aventures intellectuelles et comprendre ce qu’une autre intelligence s’emploie à lui communiquer.
Ce travail poétique de traduction est au cœur de tout apprentissage. Il est au cœur de la pratique émancipatrice du maître ignorant. Le maître ignorant capable de l’aider à parcourir ce chemin s’appelle ainsi non parce qu’il ne sait rien, mais parce qu’il a abdiqué le « savoir de l’ignorance » et dissocié ainsi sa maîtrise de son savoir.Il n’apprend pas à ses élèves son savoir, il leur commande de s’aventurer dans la forêt des choses et des signes, de dire ce qu’ils ont vu et ce qu’ils pensent de ce qu’ils ont vu, de le vérifier et de le faire vérifier. Ce qu’il ignore, c’est l’inégalitédes intelligences.Toute distance est une distance factuelle, et chaque acte intellectuel est un chemin tracé entre une ignorance et un savoir, un chemin qui sans cesse abolit, avec leurs frontières, toute fixité et toute hiérarchie des positions.
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Cartographie des politiques culturelles
1 Comment · Posted by Silvae in Omnimage, Omnimanotion
Petite carte heuristique par mes soins, à partir d’observations, de lectures, etc. Utile pour moi pour me repérer dans les discours. J’ai essayé de faire le lien avec les bibliothèques. Tout ça est à creuser, ce sont juste quelques repères pour moi et peut-être pour vous.
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Lu Cogitamus, passionnant livre de Bruno Latour sous-titré Six lettres sur les humanités scientifiques. Véritable effort de pédagogie pour un livre puissant et accessible puisqu’il s’agit d’un cours donné à science-po présenté sous forme de lettres écrites à une étudiante.
Bruno Latour s’attache depuis des années à faire descendre les sciences et les scientifiques de la position sociale de surplomb dans laquelle elles se présentent ou sont pésentées. Le gouvernement des experts, (auquel il oppose le parlement des choses) c’est une science qui affirme, des dictum (énoncés vrais) en faisant oublier que la science est toujours affaire de modus qui viennent moduler/pondérer des dictum, des affirmations.
Mythique la radicale différence entre la rhétorique et la rigueur de la démonstration. Tout est une question de discours appliqué à des objets dans un contexte socio-technique. Tout se passe comme si, selon l’auteur, l’invention du cogito de Descartes avait fait passer au premier plan la chose en soi. Le contexte, le laboratoire, ses objets, le discours, les représentations qui font la science sont elles placées au second plan depuis trois siècles. Réhabiliter le cogitamus ( = nous pensons), c’est donc revenir à une science dans laquelle les controverses se déploient, sont rendues lisibles. Le cogitamus, c’est remettre le laboratoire au premier plan, revenir aux choses.
Nos usages des objets techniques sont d’emblée dans un contexte hybride fait de traductions = pas de côtés. Exemple : je me sert d’un ordinateur qui marche, c’est un composé socio-technique qui m’apparait comme transparent, évident. S’il tombe en panne je suis contraint à faire un pas de côté et essayer de résoudre le problème grâce à d’autres outils/compétences dont il dépend et dont je dépends. Est appelé composition l’ensemble des détours nécessaires qui sont autant de traductions rendant lisibles le fait que l’objet technique un assemblage complexe dans un contexte spécifique.
Un énoncé scientifique qui semble transparent est l’aboutissement d’une controverse qui peut se représenter comme suit, la ligne ET est celle de la marche idéale de la composition (marche vers la transparence) et la ligne OU est l’ensemble des traductions permettant d’arriver à un énoncé clair et reconnu de tous. Schéma : (j’adore les gens qui s’expliquent en schéma, il y en a beaucoup dans ce livre !)
En prenant beaucoup de recul, il propose un fascinant schéma qui résume toute l’histoire des sciences et des techniques. Observez-le bien ! Prodigieux non ?

légende : Résumé graphique de la tendance à accroître toujours l’ampleur des détours et compositions qui définissent les cours d’acton. Le temps se lit de gauche à droite; la mobilisation croissante des humains se lit en haut, celle des choses en bas. La liste verticale de droite récapitule les compétences acquises à chaque stade. L’échelle est évidemment trop ramassée.
Un schéma qui rend lisible les deux grands récits radicalement opposés de notre époque, selon que l’on choisi de lire dans un sens ou dans l’autre :
Illustration avec le film Avatar (si,si) cité par Latour lui-même dans ce livre
- le récit émancipateur de la modernité : vers une séparation des choses et des hommes : les militaires dotés d’armes massives et d’exosquelettes…
- le récit d’attachement, multiplication des implications : vers une intégration des hommes et des choses, une hybridation. Les Navi’s à la fois connectés aux uns et aux autres à la planète toute entière.
Suivre l’un ou l’autre des récits implique soit une autonomisation des technosciences avec des experts déconnectés, soit un déploiement précautionneux (principe de précaution) de controverses portées vers le politique. Mais attention, Latour affirme que des deux récits sont vrais en même temps selon que change de point de vue…
J’y vois beaucoup de liens avec la sphérologie de Peter Sloterdijk, le modèle de la sphère comme espace de construction de l’humain, dans lequel il exerce une sorte de design ontologique…
La position de Latour est relativiste et va à l’encontre des modernistes qui mettent en avant le progrès continu et la maîtrise des choses, tout comme des post-modernes nécessairement désabusés.
Dépasser cela : il n’y a pas de progrès, pas de nature, nous avons toujours été en prise non pas avec un univers mais DES MULTIVERS fait d’humains et d’objets hybrides en co-production. Bruno Latour peut ainsi affirmer : nous n’avons jamais été modernes parce que nous n’avons jamais accompli le programme de la modernité qui entendait séparer l’homme de la nature et pratiquer des sciences pour s’en rendre « maître et possesseurs ».
Pensée magnifiquement en phase avec notre époque, à mesure que le numérique favorise la transformation des débats entre pairs en controverses inscrites dans le web. Le médialab de sciences-po permet de se faire une idée concrète de la magnifique démarche de cartographie des controverses, à travers trois questions fondamentales appliquées à un objet socio-technique :
- les représentants sont-il légitimes et autorisés ? (qu’ils soient savants ou politiques)
- les représentations des choses et des affaires dont ils débattent sont-elles assez précises ?
- existe-t-il des enceintes légitimes pour qu’ils se retrouvent et puissent, éventuellement changer d’avis à leur propos ?
Voilà un rôle que les bibliothèques doivent mettre en oeuvre… Au fond, l’ambition de Latour, son pari, est fondamentalement lié aux sciences de l’information. Il est de « rendre commensurables » les controverses, permettre de peser des démonstrations et des rhétoriques, d’évaluer le poids respectifs des opinions et des expériences. Les sciences studies expriment un besoin de métriques éclairées des controverses. Démarche essentielle, à condition d’interroger, sans dénoncer, les gouvernementalités algorithmiques qui influencent nos comportements…
Anecdote relativiste pour finir : au même moment où se déploie la fameuse contoverse de Valladolid (1550) examinant la question de savoir si les indiens ont une âme, les indiens du Costa-Rica examinent eux la question de savoir si les conquistadors ont un corps tant il est évident que tout à une âme : s’ils pourrissent, c’est bien qu’ils ont des corps…
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Vu le film Même la pluie. Étrange comme il est entré en résonance avec mes réflexions du moment sur la culture et le politique (notamment dans ce livre, j’y reviendrai). Culture chaude des gens, des boliviens de la guerre quotidienne de l’eau et du capitalisme obscène contre la culture froide tout aussi obscène des éduqués qui se gargarisent de héros historiques (Bartolomé de Las Casas) et qui baignent dans un commun industriel dépolitisé, celui du film en train de se faire : la fabrique de la Culture.
Moment clé quand le réalisateur essaie d’empêcher le producteur d’aller chercher une petite fille blessée parce qu’il va prendre des risques, la fin justifie les moyens : « nous on fait un film pour l’éternité, elle on l’oubliera ». Point précis de la rupture où le cinéma se perd, se calcifie pour devenir une occupation. Effarante faculté du spectacle socialisé dont la production déshumanise et engendre des oeuvres qui ne peuvent exister en tant que telles que si elles sont, précisément, réchauffées. Puissance du froid sur le chaud, qui absorbe la multitude en se glorifiant de lui rendre hommage.
Pourtant le film manque d’ambition en mimant une réconciliation tiède et en réduisant l’enjeu à une personne, le producteur, comme si tout ça était affaire de caractère… Faiblesse de ce pathos stupide qui aurait pu tragiquement rendre lisible ce gouffre entre chaud et froid.
Mise en abîme qui porte un troisième film qui ne se fait pas : la jeune femme chargée de filmer le tournage lutte trop mollement pour sortir de l’industrie, faire un documentaire sur le chaud, connecter le cinéma au réel… peut-être est-ce là, au fond, la tiédeur la plus dramatique.
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Fasciné par la créativité de ces mécanismes et leur cynisme aussi.
Et ces chiffres, spectaculaires parus dans le JDD il y a quelques semaines.
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Image trouvée dans une expo sur les rapports entre art et savoir. Notez l’inquiétante opposition entre les rêveurs et la politique…
Et vous vous êtes où ?
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J’ai lu ce livre de Frédérique Lordon : Capitalisme désir et servitude. Très intéréssant, très bien écrit. Voici ci-après une trace de cette lecture sous forme de carte heuristique faite assez librement, j’espère qu’elle sera compréhensible. L’occasion de creuser la pensée de cet auteur (économiste, école de la régulation) et de me rappeler Spinoza aussi.
Je retiens l’angle alpha, le conatus, le désalignement, le devenir orthogonal ou perpendiculaire les affects et les impossibles libre arbitre, aliénation et consentement.
Cette idée forte que rapprocher Marx et Spinoza efface la volonté d’éradication des passions que Marx donne au projet communiste qui tend vers « l’idée régulatrice » (Kant). Si les passions des hommes ne sont pas dépassables, seule compte l’ouverture de l’angle, le désalignement des désirs. Le plus difficile à suivre est l’absence de libre-arbitre profondément ancrée dans la philosophie du sujet. Le choix n’est pas nié par Spinoza puisqu’il y a libre nécessité comme reconnaissance de la détermination du sujet. Pas de libre-arbitre individuel mais des configurations de désirs, des angles, des puissances des passions. Pas d’aliénation non plus, tout est détermné seuls les affects sont plus ou moins joyeux et plus ou moins fixés dans un cadre (celui du désir-maître).
L’auteur dans l’interview donnée à Arrêt sur images cite l’excellent « attention danger travail« . Il n’existe pas plus bel exemple de désalignement. Je pense toujours que ce film est le documentaire politique le plus subversif depuis très longtemps !
Très intéressant lien avec les communs, le dépassement par la non-rivalité. Comment ne pas penser au p2p et à la lutte des tenants des droits des auteurs contre la libre circulation des oeuvres ? L’Auteur est celui qui est reconnu comme désaligné, maître de son désir, alors qu’il est fondamentalement déterminé par d’autres ! La multitude contre la propriété des droits des auteurs sur les idées.
(A creuser : les communs, le désir chez Stiegler, Spinoza)
Vu ce film, assez agaçant et très fascinant. Agaçant car les gros plans semblent forcer le spectateur, le mettre littéralement « en face de » comme pour mieux souligner le scandale de l’exhibition de cette femme. La posture est réelle parce qu’en nous imposant ce corps, cette monstration, il ne dénonce pas mais nous embarque vers le spectacle. Drôle de procédé qui met au centre le spectacle dans ce qu’il a de plus fondamental : la curosité pour l’autre. Debord :
La société qui repose sur l’industrie moderne n’est pas fortuitement ou superficiellement spectaculaire, elle est fondamentalement spectacliste. Dans le spectacle, image de l’économie régnante, le but n’est rien, le développement est tout. Le spectacle ne veut en venir à rien d’autre qu’à lui-même.
Drôle de procédé parce qu’il utilise le temps pour se démarquer du flot d’images du spectacle et s’autoréférence comme spectacle dominant. C’est long, très long, mais ça marche, j’ai été poursuivi plusieurs jours par ces images. Désir de montrer et de voir assez malsain somme toute.
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